Les méthodes d’intelligence collective permettent de mobiliser un groupe pour réfléchir, faire émerger des idées, résoudre des problèmes ou faire évoluer des pratiques collectivement. Mais utiliser un outil collaboratif ou organiser un atelier ne suffit pas : la réussite de la démarche dépend aussi de l’intention, du cadre posé, de la confiance et de la place donnée à chacun.
C’est ce qu’a expérimenté Blandine Briot Blandine Briot au cours de 15 années passées au sein de collectivités territoriales. Avant de devenir facilitatrice en intelligence collective, elle a progressivement introduit des pratiques collaboratives dans ses projets, son management et ses réunions, jusqu’à participer à la création d’une cellule dédiée à la créativité et à l’innovation.
Dans cet entretien, elle partage son expérience de terrain : comment commencer à introduire l’intelligence collective dans une organisation, impliquer les différentes parties prenantes, créer les conditions favorables à la participation et faire évoluer progressivement les pratiques managériales.
Ce qu’il faut retenir de son expérience
🎯 Partir d’une intention claire
Avant de choisir une méthode ou un outil, il faut savoir pourquoi on souhaite réunir le collectif et ce à quoi celui-ci doit contribuer.
👥 Impliquer les personnes concernées
Réunir les différentes parties prenantes permet de confronter les besoins, les contraintes et les points de vue autour d’un même sujet.
🤝 Créer les conditions de la confiance
Réunir des personnes compétentes ne suffit pas. Pour Blandine, la confiance est indispensable pour permettre au groupe de s’exprimer et d’avancer collectivement.
💬 Permettre à chacun de trouver sa place
Tout le monde ne fonctionne pas de la même manière. Une démarche collective doit tenir compte de ces différences tout en favorisant les interactions entre les participants.
🧪 Commencer petit et expérimenter
Plutôt que de chercher à transformer immédiatement toute une organisation, Blandine recommande d’introduire progressivement de nouvelles pratiques et d’en démontrer les bénéfices.
👀 Montrer que la participation produit des effets
Le sentiment d’avoir été entendu, la prise d’initiative et la proposition spontanée d’idées sont autant de signes d’un collectif qui commence réellement à s’engager.
L’intelligence collective commence par impliquer les personnes concernées
Avant même de se former à la facilitation, Blandine Briot avait déjà pris l’habitude d’associer largement les personnes concernées à ses projets. Une conviction issue du terrain : pour construire une solution pertinente, il faut commencer par réunir les différents acteurs autour du sujet.
Comment avez-vous commencé à vous intéresser à l’intelligence collective ?
Même avant de mettre un nom sur l’intelligence collective, j’ai toujours imaginé mes projets en impliquant largement les acteurs concernés. Pour moi, réunir les différentes parties prenantes autour de la table et leur permettre de contribuer était déjà une des clés de la réussite d’un projet.
Cette conviction s’est renforcée lors d’une importante réforme menée en mairie. Il fallait prendre en compte à la fois les problématiques de la direction, les contraintes budgétaires et les besoins des agents. Cette expérience a été une première étape dans ma réflexion sur la manière d’aborder collectivement des situations complexes.
Plus tard, en devenant manager et cheffe de service au sein d’une communauté de communes, j’ai cherché à appliquer cette même logique à mon équipe plutôt que d’imposer les décisions de manière descendante.
Cette approche m’a progressivement conduite vers les outils collaboratifs, puis vers une formation de facilitatrice en intelligence collective.
Je reste convaincue que la réussite d’une organisation et l’épanouissement individuel peuvent être conciliés en valorisant les forces de chacun au service du collectif.
L’intelligence collective permet de redonner une place à chacun
Pourquoi les organisations ont-elles intérêt à davantage impliquer leurs collaborateurs ?
J’ai accompagné aussi bien des jeunes en début de carrière que des personnes proches de la retraite. Les perceptions du travail peuvent être différentes, mais j’ai observé un point commun : chacun souhaite bien faire son travail et comprendre à quoi il contribue.
C’est pourquoi il me semble contre-productif de demander simplement aux individus de se conformer sans leur permettre de questionner ou de contribuer.
L’intelligence collective permet justement de faire évoluer cette posture : donner davantage de place à chacun tout en mettant les forces individuelles au service d’un objectif commun.
Comment structurer une démarche d’intelligence collective ?
Vous avez créé une cellule créativité et innovation : concrètement, comment avez-vous fait ?
Dans la communauté de communes où je travaillais, nous étions une centaine d’agents, tous services confondus, avec des ressources humaines limitées. Nous avions déjà développé des approches collaboratives dans nos services respectifs, mais nous souhaitions aller plus loin en les déployant à l’échelle de la collectivité.
Avant de créer notre cellule créativité et innovation, nous avons commencé par nous poser quatre questions :
- Quels seraient les objectifs de la cellule ?
- Comment fonctionnerait-elle ?
- Qui y participerait ?
- Qu’apporteraient les participants et qu’en retireraient-ils ?
Le principal défi a finalement été de structurer clairement le projet, de définir nos objectifs et de trouver le temps nécessaire pour le faire vivre en parallèle de nos responsabilités respectives.
Le soutien de la direction a été déterminant : elle nous a accordé le temps nécessaire pour mener nos actions.
Transformer une réunion grâce à l’intelligence collective : un exemple concret
Comment avez-vous introduit ces méthodes dans les pratiques managériales ?
J’ai commencé par introduire l’intelligence collective dans mon propre service, par petites touches, notamment lors des réunions. Les résultats obtenus ont progressivement été remarqués.
Un jour, mon directeur adjoint m’a sollicitée pour faire évoluer les réunions des chefs de service. Elles étaient très hiérarchiques, peu interactives et les participants étaient peu engagés.
Nous avons consacré une réunion de deux heures à une approche rétrospective autour de trois questions :
- Qu’est-ce qui fonctionne aujourd’hui ?
- De quoi avons-nous besoin ?
- Que souhaitons-nous pour l’avenir ?
De nombreuses idées ont émergé et certaines ont rapidement été mises en œuvre.
Quelques mois plus tard, nous avons consacré une journée d’intelligence collective à la manière de faire évoluer le management. Ce travail a notamment abouti à la création d’une charte de confiance, définissant les besoins communs pour favoriser l’engagement.
Les pratiques ont également évolué très concrètement : les réunions des chefs de service se déroulent désormais sans ordinateur ni téléphone, dans un espace organisé en cercle pour favoriser les interactions. Nous parvenons à produire du contenu pertinent en deux heures.
Cette évolution a ensuite eu un impact sur d’autres services de la collectivité.
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Au-delà des méthodes, qu’est-ce qui permet selon vous de faire fonctionner le collectif ?
Pour moi, trois éléments sont essentiels : le sens, l’inclusion et la confiance.
1. Donner du sens
Lorsque j’accompagne un groupe, je fais une large place au « Pourquoi » et au « Pour quoi ». Quelle est notre intention ? À quoi souhaitons-nous contribuer ? De quoi avons-nous besoin pour y arriver ?
Il est difficile de s’engager collectivement si l’on ne sait pas où l’on va ni pourquoi on y va.
2. Créer les conditions de l’inclusion
J’accorde également beaucoup d’importance à la manière dont les individus sont reliés les uns aux autres et à la thématique sur laquelle ils travaillent. Il faut créer un sentiment de groupe tout en tenant compte du fait que chacun ne fonctionne pas de la même manière.
L’enjeu est de permettre à chacun de s’exprimer tout en favorisant les interactions qui vont stimuler la créativité et aider le groupe à trouver ses propres solutions.
3. Installer la confiance
Enfin, créer les conditions de la confiance est crucial. Même en réunissant les personnes les plus compétentes, sans ce lien de confiance, le chemin sera toujours chaotique.
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Des méthodes et conseils concrets pour passer de l’intention à l’action.
Comment savoir si une démarche d’intelligence collective fonctionne ?
Quels signes vous montrent que le collectif s’engage réellement ?
L’un des retours que j’entends le plus souvent est : « J’ai le sentiment que ma voix a été entendue. » Pour moi, c’est un indicateur essentiel : cela montre que les participants ont réellement trouvé leur place dans la démarche.
D’autres signaux sont également révélateurs : lorsque les personnes s’engagent spontanément, prennent des initiatives, participent activement ou proposent elles-mêmes des idées.
La posture des participants pendant les ateliers est aussi importante. Elle permet de percevoir leur niveau d’implication et la valeur qu’ils accordent à leur contribution.
Comment introduire l’intelligence collective dans une organisation ?
Votre conseil : commencer par les petits pas ?
Oui. La transformation des pratiques prend du temps et demande de la patience.
« On ne fait pas la révolution, on fait des évolutions. »
Ma méthode consiste à montrer progressivement que cela fonctionne. Dans ma dernière collectivité, j’ai par exemple commencé par introduire un temps collaboratif dans une petite partie d’une réunion, avant d’étendre progressivement cette approche.
Il est important de ne pas braquer les personnes et de faire preuve de pédagogie, en expliquant le sens de ces changements.
Pour ceux qui hésitent encore, je conseillerais donc d’expérimenter et d’oser faire un premier pas. C’est aussi de cette manière que j’ai avancé dans ma propre pratique.
Pour aller plus loin – quelle méthode d’intelligence collective choisir ?
| Si vous souhaitez… | Privilégiez une méthode de… |
|---|---|
| Comprendre une situation | Diagnostic collectif |
| Faire émerger des idées | Idéation / créativité |
| Prendre du recul sur une expérience | Rétrospective |
| Construire une solution | Co-construction |
| Prioriser plusieurs propositions | Priorisation collective |
| Prendre une décision | Décision collective |
| Passer à l’action | Construction d’un plan d’action |
Il n’existe donc pas une méthode d’intelligence collective adaptée à toutes les situations : le choix dépend d’abord de l’objectif poursuivi, du groupe mobilisé et du résultat attendu.
Conclusion – L’intelligence collective : commencer par la méthode… ou par l’intention ?
L’expérience de Blandine le montre : mettre en place l’intelligence collective ne consiste pas simplement à choisir un outil ou à organiser un atelier collaboratif.
Avant la méthode, il faut clarifier ce que l’on cherche à obtenir, identifier les personnes à impliquer et créer les conditions qui leur permettront réellement de contribuer. La confiance, l’inclusion et le sens donné à la démarche deviennent alors aussi importants que la méthode elle-même.
Et nul besoin de transformer toute l’organisation du jour au lendemain. Une réunion, un problème à résoudre ou un projet à co-construire peuvent constituer un premier terrain d’expérimentation.
Comme le résume Blandine :
« On ne fait pas la révolution, on fait des évolutions. »
Et concrètement, quels outils utiliser pour faire vivre l’intelligence collective ?
Ateliers d’idéation, outils de co-construction, dispositifs de consultation, plateformes collaboratives… Les outils ne répondent pas tous aux mêmes besoins et leur choix dépend notamment de l’objectif poursuivi, du nombre de participants et de la durée de la démarche.
FAQ – Méthodes d’intelligence collective
Une méthode d’intelligence collective est un cadre de travail qui permet à plusieurs personnes de contribuer à un objectif commun : comprendre une situation, faire émerger des idées, résoudre un problème, construire une solution ou prendre une décision collectivement.
La méthode organise la participation, mais elle ne suffit pas à elle seule. L’intention de départ, la composition du groupe, la confiance et les conditions données à chacun pour s’exprimer jouent également un rôle important.
Il existe de nombreuses méthodes d’intelligence collective, qui peuvent être regroupées selon leur finalité : diagnostic collectif, idéation et créativité, rétrospective, co-construction, priorisation, décision collective ou encore construction d’un plan d’action.
Plutôt que de rechercher une méthode universelle, il est donc préférable de commencer par définir le résultat attendu avant de choisir le format adapté.
Commencez par vous poser trois questions :
– Quel résultat voulons-nous obtenir ?
– Qui doit contribuer pour y parvenir ?
– Que voulons-nous obtenir concrètement à l’issue du travail collectif ?
Une équipe qui souhaite faire émerger de nouvelles idées n’utilisera pas nécessairement la même méthode qu’un groupe qui doit analyser un problème, prioriser des propositions ou prendre une décision.
Dans son retour d’expérience, Blandine Briot insiste particulièrement sur trois conditions : le sens, l’inclusion et la confiance.
Les participants doivent comprendre pourquoi ils sont sollicités, pouvoir trouver leur place dans le collectif et évoluer dans un cadre suffisamment sécurisant pour exprimer leurs idées et interagir avec les autres.
Il n’est pas nécessaire de commencer par un dispositif complexe. Une première expérimentation peut être menée pendant une réunion existante, autour d’un problème concret.
Blandine recommande une approche progressive : introduire un premier temps collaboratif, observer ce qu’il produit, puis élargir la démarche lorsque le collectif est prêt.
Plusieurs signaux peuvent être observés : les participants ont le sentiment d’avoir été entendus, prennent spontanément des initiatives, participent davantage ou commencent eux-mêmes à proposer des idées.
Au-delà du nombre de contributions, l’évolution des comportements et de la participation du groupe peut donc apporter des indications précieuses sur la dynamique collective.
Ophélie André – Responsable Communication & Marketing – Beeshake
Passionnée par la communication digitale et le marketing, Ophélie a évolué dans des environnements variés qui lui ont permis d’affiner son expertise en stratégie de contenu, marketing digital et engagement collaboratif. Elle aime mettre son énergie et sa créativité au service de projets qui rassemblent, donnent du sens et valorisent la force du collectif.